Mes histoires d’animaux: Phoebus, Bryum

Vous découvrirez ici au fil du temps l’histoire du centre Imala, de ses prémices à sa réalisation, avec comme fil conducteur l’amour entre moi et les animaux qui partagent ma vie. Elles sont diffusées chapitre par chapitre, au gré de mes inspirations. Elles sont issues de ma mythologie personnelle, dans laquelle les animaux parlent et ressentent comme nous, même lorsqu’ils ne sont plus de ce monde… Prenez ce qui vous plaît, au gré de vos croyances!

Nathalie
Depuis qu’on l’avait amené ici, Phoebus se comportait comme un tyran avec ses deux
juments. Cela ne lui suffisait pas de régner sans partage, et d’avoir accès au meilleur fourrage.
Il les poussait sans arrêt, les mordait, s’agitant sans raison jusqu’à essuyer leurs ruades
agacées. J’avais installé des filets à foin éthologiques, qui forcent les chevaux à faire passer le
fourrage à travers de petites mailles avec leurs lèvres, ce qui les occupe toute la journée avec
une ration qui serait normalement liquidée en une heure. Cela évite les ulcères à des animaux
qui secrètent du suc gastrique en continu, et les occupe quand il n’y a rien à brouter l’hiver. Il
y avait quatre filets suspendus aux branches des sapins pour les trois chevaux, mais au lieu de
s’installer tranquillement devant un filet, Phoebus faisait tourner tout le monde dans un
manège incessant et épuisant. Imala fatiguait. Elle aurait souhaité plus de calme. Il fallait que
je trouve une solution, autre que celle consistant à l’isoler des deux autres. Après mon premier
stage de communication animale, j’ai appris que Phoebus m’attendait. Ça voulait dire quoi au
juste ? J’ai réfléchi. Depuis qu’il était revenu, et après l’avoir mis cinq ans en pension, je
n’avais pas pris ma place de leader dans mon petit troupeau. Je laissais la place de chef à
Phoebus qui ne l’assumait pas, et cela le rendait nerveux. Imala avait toujours tenu ce rôle
avec la force de caractère qui la caractérisait, jusqu’à ce qu’elle soit trop vieille, et détrônée
par Phoebus. Elle le faisait d’ailleurs à merveille, sans jamais avoir besoin d’user de violence,
ni morsures ni coups, il lui suffisait de bouger une oreille pour que les autres lui obéissent.
Phoebus n’était pas de taille pour être chef, d’ailleurs en balade quand il avait peur il se
cachait derrière Imala !
Pour rétablir mon leadership je devais pratiquer le dressage éthologique avec mon grand gris,
et nous avons pris des leçons ensembles dans le rond de longe avec un spécialiste de la
méthode Parelli. C’est peu dire que ça a tout changé. En fait ça a été fabuleux. Nous avons
construit ensembles une grande complicité, qui a tout de suite beaucoup rassuré Phoebus. Il
m’a reconnue comme son leader, et nous avons dansé tous les deux, d’abord sous la direction
de notre professeur, puis seuls, jusqu’à ce qu’il obéisse au moindre de mes signes, content que
je l’ai enfin rejoint sur son terrain, et que je lui parle « cheval ».


Au passage j’en ai profité pour essayer avec Imala, que ça n’a pas du tout intéressée, elle m’a
signifié d’emblée qu’elle était trop vieille pour ça et qu’il fallait la laisser tranquille, ça n’était
pas ce qu’elle cherchait avec moi, nous n’avions pas besoin de ça pour nous comprendre
toutes les deux. Lipzou quant à elle a beaucoup aimé, ça lui rappelait sa maîtresse, mais
timide elle ne se livrait pas entièrement comme mon Phoebus, méconnaissable de douceur
avec moi, tout en désir de bien faire. Son comportement avec les juments s’est beaucoup
amélioré. Il semblait rassuré que j’assume enfin ma place, mais je ne pouvais rester à demeure
dans le pré pour le tempérer ! C’est alors que l’idée a commencé à germer dans ma tête
d’accueillir un quatrième cheval, qui pourrait servir à mon projet de cheval miroir, et qui
agrandirait le troupeau à un nombre pair, ce qui est souvent un gage de stabilité chez les
chevaux…


Bryum

Bryum coeur de lion


Je suis un mâle Islandais alezan de quatre ans, ma mère s’appelle Rosa et je suis né chez N.
dans les Cévennes. Je suis robuste et je n’ai pas peur de la castagne, je me bats régulièrement
avec les autres entiers de mon âge. Quand j’ai eu quatre ans on est tous montés dans un
camion et on est partis loin car mes éleveurs ont déménagé dans les Pyrénées, car il n’y avait
plus de place pour nous tous là où on étaient. Ça a été un long voyage mais quand on est
arrivés et qu’on a vu les grandes prairies pleines d’herbe verte on n’a pas regretté le
déplacement. Nous savions tous qu’il faudrait en partir un jour puisque nous étions à vendre.
C’est toujours une grande source d’inquiétude chez nous autres, on essayait d’imaginer quels
maîtres viendraient nous chercher et quelle vie on aurait après.
Un jour Nathalie est venue voir mes éleveurs, ils étaient restés amis depuis qu’Imala et
Phoebus étaient chez nous en pension. Elle est rentrée dans notre pré car il fallait aider
N. à nous déplacer dans le parc d’à côté, elle m’a mis le licol et m’a regardé dans les
yeux et alors il y a un truc qui s’est passé entre elle et moi. Mais elle n’a rien dit, elle n’était
pas encore prête, elle m’a retiré mon licol après m’avoir mis dans l’autre pré, m’a regardé
partir puis elle est partie aussi.

Après ça je me suis mis à penser à elle souvent, puis un jour le vétérinaire est venu, il m’a
endormi et quand je me suis réveillé je n’étais plus pareil qu’avant, il me manquait quelque
chose, et ça me brûlait entre les postérieurs sous le ventre. Après ça j’étais beaucoup plus
calme, ils appellent cela la castration, et c’est le prix à payer pour avoir une vie sociale si on
reste entier on se retrouve enfermé seul dans un boxe à attendre qu’on nous présente des
juments.
Et puis A. est arrivée et elle a commencé mon débourrage et j’ai été très occupé.
C’était doux, un débourrage éthologique, pas de violence ni de contrainte mais juste beaucoup
de confiance et une grande complicité avec l’humain. Et puis quand j’ai été prêt c’est super
Nathalie est revenue !


Nathalie
Lorsque nous sommes allés voir pour la première fois N. et E. dans leur nouvelle
ferme des Pyrénées, je n’avais pas d’idée préconçue. Nous avons tout visité, leur maison, les
bâtiments de la ferme, les terres (100 hectares d’un seul tenant, un petit bijou), puis on a vu
les poulinières avec leur petit, et j’ai pris une photo de Rosa, la jument baie cerise que j’adorais monter dans les cévennes, quand Imala et Phoebus étaient en pension là-bas. Elle était suitée d’une adorable pouliche gris souris.

Puis nous sommes allés voir le troupeau des jeunes mâles qu’il fallait changer de pré, et N. m’a fait signe d’en licoler un, pendant qu’il s’occupait des autres avec Pierre. J’ai donc attrappé un joli alezan doré à côté de moi, et là…
nos regards se sont croisés, j’ai plongé dans ses yeux, et il s’est produit cette alchimie spéciale
quand on reconnait un être avec qui on va partager sa vie. J’ai demandé son nom à N. il m’a
dit qu’il s’appelait Bryum, et qu’il était le fils de Rosa. Agé de quatre ans, il était à la vente.
Je n’ai rien dit alors, nous sommes repartis, et ensuite j’ai bien vu que je pensais à lui tout le
temps. Il avait beaucoup de choses pour lui -fils d’une jument que j’adorais monter, et d’un
étalon réputé pour son caractère gentil et son tölt naturel, il était calme et énergique à la fois,
sa couleur me plaisait- mais je le trouvais trop petit : il toisait à peine 1m 38. Surtout je n’étais
pas prête à assumer quatre chevaux, au point de vue travail et surfaces disponibles. Alors j’ai
laissé mûrir, en travaillant Pierre pour le convaincre, et six mois ont passé, Bryum a été castré
et mis au débourrage éthologique, et nous sommes retournés le voir.
Il était toujours aussi beau et lumineux. Comme j’avais commencé mes leçons avec Phoebus,
N. m’a invité à faire une séance dans le rond avec Bryum, qui a été magique : Ce petit
cheval se donnait à moi avec confiance, et il avait une sensibilité et une réactivité qui faisaient
réellement plaisir, d’emblée on s’est beaucoup amusés tous les deux. J’ai commencé à voir en
lui un futur partenaire de cheval miroir, apte à aider les gens sans leur faire peur comme un
cheval de grande taille.
A la fin de la séance à pied j’ai pu le monter un quart d’heure, ce qui a confirmé mes bonnes
sensations. Le lendemain, au cours d’une balade d’une heure il s’est révélé vif et allant,
calme, au pied sûr, et m’a d’emblée offert un tölt moelleux très prometteur. Puis Pierre l’a
essayé aussi, et c’était décidé, nous repartirions avec lui.
J’étais sur un petit nuage, et lui aussi je crois !

En arrivant à la maison, après un voyage de quatre heures, nous avons déchargé Bryum et
l’avons mis dans le pré avec les autres. Phoebus lui a directement cassé la figure, et il s’est
fait reléguer dans un coin pendant deux semaines. Dure loi que celle d’un troupeau de
chevaux, il faut attendre que la hiérarchie se mette en place sans intervenir, en leur faisant
confiance… Bryum était malin, calculant du coin de l’oeil la trajectoire des autres pour les
éviter, faisant profil bas en attendant que les choses se tassent. Lipzou s’est mise en chaleur et
a commencé à lui faire des avances, ce qui a rendu Phoebus furieux. J’ai dû alors faire
temporairement deux groupes, puis quand Bryum a dominé Lipzou j’ai tout remélangé.
Phoebus avait mis de l’eau dans son vin, puis Imala est devenue amie avec Bryum, et on est
arrivés à un équilibre finalement bien meilleur qu’avant, avec le résultat que j’escomptais, à
savoir plus de calme pour Imala, avec Bryum qui détournait Phoebus d’elle, et tout s’est
apaisé c’était magique.

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